Cours d’épée longue – Joachim Meyer – Les parades

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Les parades sont expliquées dans le chapitre n° 5 du traité de Joachim Meyer que je vous invite à lire :
http://www.amheonweb.net/docs/traduction_joachim_meyer_1570_epee_longue.pdf

Joachim Meyer indique dans son traité qu’il existe 2 catégories de parades, la seconde catégorie étant à son tour divisé en 2 sous-catégories. On se retrouve donc au final avec 3 catégorie.

  • La première catégorie regroupe les parades qui vous permettent que de vous défendre. Il s’agit ici simplement de bloquer le coup adverse qui se dirige vers vous. Joachim Meyer précise peu de chose à se sujet à par le faire de reculer. Avec ce type de parade vous vous défendez mais ne contre-attaquez pas.
  • La seconde catégorie regroupe les parades qui vous permettent de contre-attaquer. Les deux sous-catégories sont :
    • Parer et contre-attaquer en deux temps distincts. D’abord on pare puissamment, puis on profite de cette puissance parade qui a déstabilisé l’adversaire, pour le frapper et l’obliger à se défendre et ainsi inverser les rôle d’attaquant et de défenseur.
    • Parer et contre-attaquer dans le même temps : avec un coup renversé ou un absetzen.

On retrouve ici 3 types de parades de plus en plus efficace mais aussi de plus en plus difficile à maîtriser et mettre en place au cours d’un combat.

J’y vois ici une progression pédagogique :

  • D’abord apprendre le premier type de parade et réussir à se défendre quand on est attaqué
  • Ensuite apprendre le second type de parade et réussir à contre-attaquer en deux temps
  • Enfin apprendre le troisième et le meilleur type de parade, maîtriser les actions en 1 seul temps

Dans la tradition de Johannes Liechtenauer il est souvent fait mention que du meilleur, ainsi dans les traités des glossateurs de Liechtenauer seuls les absetzen sont décrits, les parades totalement défensive sont quant à elles vivement critiquées. Du coup, les pratiquants d’AMHE cherchent à tout prix à placer des absetzen qui est une technique complexe à maîtriser et à placer correctement en combat. Le risque est que cela résulte sur des doubles touches : puisque les deux adversaires cherchent à se toucher en même temps, si l’action défensive de l’absetzen est ratée alors les deux combattants sont touchés. Je suis convaincu que dans certains cas il vaut mieux chercher à faire une défense simple pour attendre une meilleur opportunité de contre-attaquer et reprendre l’initiative du combat à son adversaire.
Aussi sur le papier la contre-attaque en 2 temps en moins bien que celle en 1 temps car elle prends plus de temps à se faire et a plus de chance d’être contrée par l’adversaire. Mais dans la réalité d’un combat elle fonctionne plutôt assez bien, tout en s’assurant qu’il n’y ai pas de double touche : être sûr d’avoir effectivement bloqué le coup adverse avant de l’attaquer.

Cependant il faut prendre garde à ne pas passer son temps à ne faire que des parades défensives car elles sont faciles à tromper.

Là dessus je vous invite à lire le chapitre 5 du traité de Joachim Meyer qui est assez clair à ce sujet. Ici traduit par le carrousel des AMHE :

https://lecarousseldesamhe.wordpress.com/2014/04/15/en-cadeau-meyer-chap-5-de-lepee-longue/

Il y a cependant dans cette traduction une différence notable de sens avec la traduction de Gaëtan Marain.

Extrait de celle du carrousel :

En ce qui concerne le premier cas, vous devez retenir que le coup de dessus annule tous les autres coups qui tombe du dessus, à savoir la colère, le milieu et le travers, ainsi que le coup de dessous. Voici comment le faire: bondissez loin de son coup puis frappez simultanément et avec force sur l’attaque qui vient. Si vous l’avez frappé correctement, vous affaiblissez tant sa lame que vous pourrez frapper une seconde fois sur son corps avant qu’il ne puisse se rétablir. Et tout comme le coup de dessus annule tout ce qui descend, comme le furieux ou le travers, le coup de dessous s’empare de tout ce qui frappe par le dessus, s’il est fait avec force et avec un pas sur le coté.

Le même extrait issu de la traduction de G. Marain :

Concernant la première façon de parer, tu dois savoir que le coup de haut en allant de haut en bas met en péril tous les autres coups, à savoir le furieux, le médian ou horizontal et le coup de bas. Fais le de cette manière : saute loin de sa frappe et frappe simultanément avec force contre son coup, de sorte que si tu touches correctement, tu affaiblis tellement son arme que tu peux bien frapper une seconde fois son corps avant qu’il se soit totalement rétabli. Puisque le coup de haut met en péril tous les autres coups de haut en bas, il est lui-même chassé par le furieux ou l’horizontal. Et le bas sort également le coup de haut vers le haut à condition d’être réalisé puissamment et en marchant sur le côté.

Les traductions du carrousel et celle de G. Marain indiquent toutes deux qu’un coup de haut (un oberhau) annule tous les autres coups droits : la colère (zornhau), le milieu (mittlelhau) et le coup de dessous (unterhau).
En revanche la traduction de G. Marain indique qu’un coup de haut peut être chassé par un coup furieux ou un coup médian, voire même un coup de bas. Alors que la traduction du carrousel semble indiquer que seul un unterhau permet de détourner un coup de dessus.

Par cette comparaison je souhaite mettre en évidence le fait qu’une traduction est déjà un parti-pris de la part du traducteur en fonction de ce qu’il comprend du texte original. Ainsi si on étudie une traduction plutôt qu’une autre on peut arriver à des résultats totalement différents ; qui s’ajoutent évidement aux différences d’interprétations d’une même traduction par différentes personnes.

Enfin je termine avec la description de l’écarté (Absetzen) par J. Meyer (traduction de G. Marain), puisqu’on y parle de la « vrai parade », celle dont anciens maîtres faisaient l’éloge :

Écarter
J’ai déjà montré que toutes les techniques d’escrime requièrent deux choses : frapper et utiliser l’épée pour bloquer ou parer les coups. Retiens que cette espèce ouvrage manuel est le vrai blocage et la vraie parade, grâce à laquelle tu ne te contentes pas d’attraper le coup sans frapper en retour, mais au moment où l’écarté entre en contact, tu atteins son ouverture avec un pas extérieur. Par exemple, si tu viens dans l’approche dans le changement et qu’il te frappe par-dessus, alors monte avec le long tranchant contre son coup et marche simultanément avec ton pied droit vers sa gauche et écarte son coup. Puis, au moment où les épées se lient, tourne le court tranchant et lance-le à sa tête.